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Venezuela : le Sud global face à l’épreuve de la souveraineté

Ce qui se joue aujourd’hui autour du Venezuela ne concerne pas uniquement un pays d’Amérique latine. C’est une épreuve de vérité pour l’ensemble du Sud global. Une épreuve qui rappelle une réalité ancienne : lorsque les rapports de force se durcissent, le droit international est relégué au second plan, et la souveraineté des États non dominants devient négociable.

Ce qui se joue aujourd’hui autour du Venezuela ne concerne pas uniquement un pays d’Amérique latine. C’est une épreuve de vérité pour l’ensemble du Sud global. Une épreuve qui rappelle une réalité ancienne : lorsque les rapports de force se durcissent, le droit international est relégué au second plan, et la souveraineté des États non dominants devient négociable.

L’ordre international issu de l’après-guerre avait pourtant tenté de tirer les leçons d’un monde ravagé par la violence. L’interdiction du recours unilatéral à la force devait constituer un socle commun, fragile mais indispensable. Pour les peuples d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine, ce socle représentait un espoir : celui de ne plus être les terrains d’expérimentation des puissances, ni les variables d’ajustement de leurs intérêts stratégiques.

Mais l’histoire du Sud global a appris la prudence. Très tôt, ces nations ont compris que l’égalité proclamée ne signifiait pas l’égalité réelle. C’est de cette lucidité qu’est née la volonté de ne pas s’aligner mécaniquement, de préserver des marges de manœuvre, de refuser que le monde soit à nouveau structuré par des blocs imposant leurs choix aux autres.

Ce que révèle la situation vénézuélienne, c’est le retour d’une logique que beaucoup pensaient révolue : celle où la puissance se substitue au droit, où l’intervention devient un instrument ordinaire de régulation politique et économique. Cette logique est familière au Sud global. Elle a façonné ses frontières, ses crises, ses dépendances.

Pour l’Afrique, l’enjeu est immédiat. Dans un monde où les ressources stratégiques redeviennent centrales, où l’énergie, les minerais et les voies commerciales sont au cœur des rivalités, la remise en cause du droit international est une menace directe. Elle signifie que la souveraineté n’est plus un principe, mais une tolérance accordée tant qu’elle ne contrarie pas les intérêts des plus forts.

C’est dans ce contexte que les recompositions actuelles du système international prennent tout leur sens. La recherche de partenariats alternatifs, la diversification des alliances, l’affirmation de pôles non occidentaux ne relèvent pas d’une posture idéologique. Elles traduisent une aspiration profonde du Sud global : ne plus être prisonnier d’un ordre fondé sur l’asymétrie et l’injonction.

Cependant, aucune recomposition ne saurait être crédible sans une ligne politique claire. Défendre la souveraineté ne signifie pas défendre tous les régimes, mais refuser que la force devienne la norme. Refuser que certains États s’arrogent le droit de décider seuls de ce qui est légitime ou non.

Le Venezuela agit ainsi comme un miroir. Il renvoie au Sud global sa propre histoire, ses combats passés, mais aussi ses responsabilités présentes. Le moment est venu de rappeler que la stabilité mondiale ne peut reposer sur la contrainte, et que la paix ne peut être durable si le droit est soumis aux intérêts.

Pour l’Afrique et le Sud global, la leçon est simple et exigeante : sans défense collective des principes de souveraineté et de non-ingérence, aucun projet d’autonomie stratégique ne pourra tenir. Le choix est clair : soit le monde s’enferme dans une nouvelle ère de domination assumée, soit il redonne sens à l’idée d’un ordre international réellement partagé. Chérif Salif Sy

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