Connect with us

INTERNATIONALE

L’ombre d’un père étouffe l’aube d’une nation : le Tchad face au mirage des mandats illimités

Published

on

Un palais présidentiel à N’Djamena où les échos d’un règne trentenaire se fondent dans les murmures d’un nouveau venu, promettant rupture mais recyclant les mêmes chaînes constitutionnelles. Fin septembre 2025, Mahamat Idriss Déby Itno, à peine installé depuis un an, voit son camp pousser une réforme qui abolit les bornes sur les présidences, un écho glaçant des manoeuvres de son père Idriss en 2005. Deux générations, un même appétit pour le pouvoir éternel : est-ce une passation de flambeau ou une boucle infernale qui condamne le Tchad à stagner dans le sable du Sahel ?

Les rouages de cette machine se mettent en branle avec une précision chirurgicale. Le 15 septembre, l’Assemblée nationale, dominée par le Mouvement patriotique du salut (MPS), le parti-famille, valide à une large majorité un projet qui allonge le mandat présidentiel à sept ans, renouvelable à l’infini. Direction le Sénat le 13 octobre, où l’approbation semble courue d’avance, comme un rituel huilé par des décennies de loyauté clanique. Mahamat, intronisé le 23 mai 2024 dans un faste controversé au Palais des Arts et de la Culture, avait hérité du fauteuil après la mort au front de son père en 2021, face aux rebelles du Fact. Promesses de transition, charte de réconciliation, élections repoussées : tout cela sonne creux aujourd’hui, quand la révision constitutionnelle révèle une continuité impitoyable. L’histoire, comme le dit si bien un observateur anonyme, ne se répète pas – elle bégaie, et ce balbutiement tchadien pèse lourd sur un pays déjà saigné par les conflits et la pauvreté, où 40 % de la population vit sous le seuil de misère.

À y regarder de près, cette offensive législative pue le calcul dynastique pur. Le MPS, machine bien rodée, avance masqué sous couvert d’ »adaptations nécessaires » pour la stabilité, mais c’est une recette usée jusqu’à la corde : supprimer les limites pour verrouiller le trône, au risque d’étouffer toute velléité d’alternance. L’opposition, muselée par des arrestations récentes et un paysage médiatique sous haute surveillance, peine à mobiliser, mais les fissures apparaissent – des murmures dans les bas-fonds de N’Djamena aux exils forcés des dissidents. Critiquement, cette réforme arrive à contretemps : le Tchad, pivot antiterroriste au Sahel, mendie des aides occidentales pour juguler Boko Haram et le jihadisme, tout en flirtant avec la Russie pour des armes bon marché. Une hypocrisie qui mine la crédibilité d’un régime qui prône la « réconciliation » tout en consolidant un pouvoir personnel, rappelant que les transitions militaires en Afrique de l’Ouest finissent souvent en pièges dorés pour une élite intouchable.

De mon banc de touche, ce pas de deux générationnel me laisse un goût amer : Mahamat n’est pas son père, mais en copiant ses ficelles, il trahit l’élan post-2021 qui avait fait espérer un vent frais. Pourquoi ne pas miser sur des institutions solides, un vrai dialogue inclusif, plutôt que ce bricolage constitutionnel qui sent la peur de l’urne ? J’y décèle un aveu d’échec : sans vision au-delà du clan Déby, le Tchad court-circuite son potentiel, reléguant sa jeunesse – 65 % de moins de 25 ans – à un rôle de spectateurs résignés. Et si cette bévue forçait enfin une introspection collective, transformant le palais en forum plutôt qu’en forteresse ?

Ce scénario tchadien n’est qu’un chapitre d’un continent aux prises avec ses fantômes dynastiques. Au Gabon, Ali Bongo avait tenté l’impossible pour s’accrocher en 2023, avant que son coup d’État interne ne le balaye ; au Togo, Faure Gnassingbé surfe sur 57 ans de pouvoir familial depuis 2017, avec des réformes taillées sur mesure. Plus loin, en Ouganda, Yoweri Museveni règne depuis 1986, abolissant les limites en 2005 comme un Déby bis, au prix d’une jeunesse en ébullition et d’aides internationales conditionnelles. À l’échelle globale, ces boucles autoritaires rappellent un mal africain : quand les pères léguent des couronnes plutôt que des outils, les fils perpétuent le cycle, forçant l’Union africaine et ses partenaires à choisir entre sanctions symboliques et engagement pragmatique, dans un monde où le Sahel brûle et les ressources s’épuisent.

Sous le soleil impitoyable de N’Djamena, ces réformes en gestation jettent une ombre longue sur un Tchad qui mérite mieux qu’un refrain familial : un appel lancinant à briser la boucle, avant que l’histoire ne bégaie une fois de trop, et que la soif de pouvoir ne laisse le pays assoiffé de justice.

Continue Reading
Click to comment

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

ACTUALITE

Bassirou Diomaye Faye réitère son engagement pour une justice moderne et performante

Published

on

Le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a réitéré jeudi son engagement ”ferme” de mettre en place une justice moderne et performante, une perspective qui, dit-il, passe nécessairement par l’appropriation des outils numériques.

“Je réitère mon engagement ferme de mettre en place une justice moderne et performante qui passe nécessairement par l’appropriation de tous les outils du numérique, non seulement par le juge, mais également par tous les acteurs de la justice”, a-t-il déclaré.

Le chef de l’Etat présidait la cérémonie de la rentrée solennelle des cours et tribunaux portant sur le thème “Le juge face au défi du numérique”.

Bassirou Diomaye Faye a insisté sur l’ambition de l’État de garantir “une justice numérique souveraine, sécurisée et inclusive, dans laquelle l’innovation technologique constitue un levier d’amélioration de l’accessibilité, de l’équité et de l’efficacité de système judiciaire”.

Il considère que le numérique est un outil capable de “juguler durablement” les défis auxquels les juges se trouvent confrontés, en termes de maîtrise du temps, pour rendre leur décision dans des délais raisonnables.

A l’en croire, tous les États, institutions ainsi que leurs administrations qui refusent de s’adapter au numérique “seront laissés inéluctablement en rade et risquent par conséquent d’être rapidement submergés et dépassés”.

“L’ambition de l’État est de garantir une justice numérique souveraine, sécurisée et inclusive, dans laquelle l’innovation technologique constitue un levier d’amélioration de l’accessibilité, de l’équité et de l’efficacité de système judiciaire”, a-t-il insisté.

Le président Faye a assuré que le numérique et l’intelligence artificielle, loin de pouvoir “porter atteinte à l’indépendance et à l’impartialité de la justice”, “doivent au contraire en être les garants et les producteurs”.

“Le numérique représente donc à la fois un défi majeur et une opportunité historique pour le juge”, a relevé le chef de l’Etat, selon lequel le ministère de la Justice s’inscrit dans “une dynamique de modernisation maîtrisée, plaçant le juge au cœur de la transformation, tout en préservant l’essence, la noblesse et l’autorité de la fonction juridictionnelle”.

Il a concédé que l’usage du numérique par le juge va impliquer “certainement une réforme de plusieurs de nos textes”, avant d’arriver à des innovations telles que “l’assignation par voie électronique, la signature électronique, les citations par voie électronique, la dématérialisation intégrale de certaines procédures pour la consultation et la délivrance de certains actes juridictionnels”.

Les interrogatoires et les confrontations à distance et le tribunal virtuel font aussi partie de ces réformes envisagées, a signalé Bassirou Diomaye Faye, avant de souligner “l’urgence d’accélérer la mise en œuvre du schéma directeur de l’usage du numérique dans la justice pour bien prendre en compte tous les facteurs à travers une connectivité sécurisée et continue, avec des machines adaptées et sécurisées”.

M. Faye a préconisé, dans le même esprit, l’adaptation des curricula de formation, la révision des référentiels éthiques et déontologiques, le renforcement de la culture de la sécurité numérique et l’appropriation des outils technologiques.

Il s’agit, en définitive, de “bâtir une justice moderne, robuste et proactive, capable de contenir, d’anticiper et de juguler les risques inhérents aux technologies de l’information et de la communication”, a conclu le chef de l’Etat.

CS/BK/OID

Continue Reading

ACTUALITE

Mohammed VI : ”La fraternité interafricaine reprendra naturellement”

Published

on

La fraternité interafricaine reprendra naturellement le dessus une fois retombée la passion née de la CAN, a affirmé le roi du Maroc Mohammed VI, assurant que ‘’rien ne saurait altérer la proximité cultivée au fil des siècles entre nos peuples africains’’ et que son pays ‘’est et restera un grand pays africain’’.

‘’Aussi, et même si cette grande fête footballistique continentale accueillie par le Royaume semble avoir été tristement entachée par l’épisode malheureux des dernières minutes du match de la finale ayant opposé les sélections nationales du Maroc et du Sénégal au cours desquelles de fâcheux incidents et de très déplorables agissements se sont produits, il n’en demeure pas moins qu’une fois la passion retombée, la fraternité interafricaine reprendra naturellement le dessus, car cette réussite marocaine est aussi une réussite africaine’’, a-t-il déclaré dans un communiqué.

Dans ce texte repris, jeudi, par la Magheb Arabe Presse (MAP), l’agence de presse marocaine, le souverain cherifien a insisté sur le fait que ”rien ne saurait altérer la proximité cultivée au fil des siècles entre nos peuples africains, ni la coopération fructueuse construite avec les différents pays du Continent et renforcée par des partenariats toujours plus ambitieux’’.

‘’Le Royaume du Maroc est et restera un grand pays africain, fidèle à l’esprit de fraternité, de solidarité et de respect qu’il a toujours cultivé à l’égard de son Continent. Conformément à la Vision éclairée du Souverain, le Maroc poursuivra son engagement déterminé et constant en faveur d’une Afrique unie et prospère, notamment par le partage mutuel de ses expériences, de son expertise et de son savoir-faire”, a insisté Mouhamed VI.

Il s’est également réjoui que ‘’le Maroc reste fier d’avoir offert, sur sa terre, un mois de joie populaire et d’émotion sportive, et d’avoir contribué au rayonnement de l’Afrique et de son football’’, ajoutant que ”le peuple marocain sait faire la part des choses et qu’il ne se laissera pas entrainer dans la rancœur et la discorde”.

Mouhamed VI a également tenu à ‘’particulièrement féliciter tous les citoyens, à travers les différentes villes du Royaume, de l’effort fourni et à remercier chacun pour sa belle contribution à ce succès historique, reconnu et salué de par le monde’’.

En cela, le souverain marocain adresse ses ”compliments aux millions de Marocains, femmes, hommes et enfants qui n’ont cessé de soutenir, chacun à sa manière et toujours de façon exemplaire, leur équipe nationale, aujourd’hui classée 8ème meilleure sélection mondiale’’.

Il s’agit, selon lui, d’‘’un résultat remarquable fruit notamment d’une politique sportive et infrastructurelle volontariste et de haut niveau, ainsi que du choix patriotique fait par les enfants talentueux des Marocains du monde de porter le maillot de (leur) équipe nationale et de défendre ses couleurs avec fierté et brio’’.

 ‘’Cette édition de la compétition continentale fera date, car au-delà de ses excellents résultats sportifs, elle aura permis de mesurer le bond qualitatif que le royaume a réalisé sur la voie du développement et du progrès, fruit d’une vision de long terme et d’un modèle marocain singulier et performant qui place le citoyen au centre de toutes les ambitions’’, a encore souligné Mouhamed VI.

Mercredi, le Premier ministre du Sénégal, Ousmane Sonko, et son homologue marocain, Aziz Akhannouch, ont appelé leurs ressortissants respectifs au calme et à l’apaisement, suite aux incidents controversés survenus lors de la finale de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2025.

“Nous avons convenu, ensemble, sous les hautes instructions de Sa Majesté le roi Mohammed VI et de son Excellence, le Président Bassirou Diomaye Diakhar Faye, de continuer à œuvrer, dans un esprit d’apaisement, de sérénité et de détente, à la consolidation des liens séculaires et très profonds qui unissent nos deux pays”, a notamment déclaré le chef du gouvernement sénégalais dans un message publié sur Facebook.

Les Lions du Sénégal ont remporté la CAN 2025, dimanche 18 janvier, à Rabat, après avoir battu (1-0) en finale, les Lions de l’Atlas du Maroc, au bout d’un match ponctué par des épisodes de grande tension sur le terrain et des incidents entre stadiers marocains et supporters sénégalais dans les gradins.

Les joueurs sénégalais, sous les ordres de leur sélectionneur Pape Thiaw, avaient majoritairement quitté la pelouse pour protester contre la décision de l’arbitre d’accorder un penalty au Maroc, après que celui-ci a refusé deux minutes avant un but sénégalais sur une faute jugée discutable.

L’équipe sénégalaise s’est finalement décidée à reprendre la partie. L’attaquant des Lions de l’Atlas Brahim Diaz a manqué son penalty, Pape Guèye marquant un peu plus tard le but du sacre sénégalais.

Entre déception et frustration, le scénario de cette finale a suscité des échanges tendus entre supporters marocains et sénégalais, notamment sur les réseaux sociaux.

Continue Reading

ACTUALITE

FMI : le Président Bassirou Diomaye Faye reçoit la nouvelle cheffe de mission pour le Sénégal

FMI : le Président Bassirou Diomaye Faye reçoit la nouvelle cheffe de mission pour le Sénégal

Published

on

Le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a reçu ce mercredi 21 janvier 2026, au Palais de la République, la nouvelle cheffe de mission du Fonds monétaire international (FMI) pour le Sénégal, Mme Mercedes Vera Martin.

Au cours de cette audience, Mme Vera Martin a salué les progrès enregistrés dans les discussions en cours, en vue de la conclusion d’un nouveau programme de coopération entre le Sénégal et le FMI.

Cette rencontre témoigne de la volonté du Sénégal de renforcer ses relations avec ses partenaires internationaux et de poursuivre la stabilité et le développement économique du pays.

Continue Reading

Trending