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Ciel Ouest-Africain: Le « Big Bang » de 2026 entre choc fiscal et fracture géopolitique

Ciel Ouest-Africain: Le « Big Bang » de 2026 entre choc fiscal et fracture géopolitique

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L’Afrique de l’Ouest s’est réveillée ce 1er janvier 2026 avec une promesse aux allures de révolution copernicienne : une chute des tarifs aériens de 40 %, orchestrée par la réforme fiscale de la CEDEAO. Pour les 400 millions de citoyens de la zone, cette annonce résonne comme une libération, laissant entrevoir la fin de l’absurdité qui rendait un vol Dakar-Abidjan plus coûteux qu’un transcontinental vers l’Europe. 

Pourtant, pour l’observateur averti qui vit la réalité des arcanes de l’UEMOA dans les coulisses des décisions à Abuja, l’enthousiasme populaire doit céder le pas à une froide lucidité technique. Car, derrière l’effet d’annonce politique, se cache une équation complexe où s’entrechoquent la structure archaïque de nos coûts, la viabilité de nos infrastructures et, surtout, la fracture géopolitique grandissante avec l’Alliance des États du Sahel (AES). Il est impératif de crever l’abcès : la cherté du ciel africain n’a jamais été une fatalité, mais une construction politique que la seule baisse des taxes ne suffira pas à démanteler.

Pour comprendre la portée réelle de cette réforme, il faut d’abord avoir le courage de disséquer le « cadavre » du billet d’avion tel qu’il nous a été imposé jusqu’en 2025. C’était une aberration économique où le passager, sur un Lomé-Cotonou, ne payait pas seulement son transport, mais finançait littéralement les dysfonctionnements étatiques. Avec 50 à 55 % du prix final absorbés par un millefeuille de taxes et redevances, fonds de solidarité, développement touristique sans retour sur investissement, redevances de souveraineté, le secteur aérien a servi de « vache à lait » fiscale, étouffant dans l’œuf toute velléité de mobilité régionale.

En supprimant les prélèvements non directement liés à l’aviation civile, la CEDEAO ne fait donc pas un cadeau aux voyageurs ; elle met fin à une prédation fiscale qui condamne nos économies à l’immobilité. Cependant, cette chirurgie fiscale laisse intacte l’autre tumeur du secteur : le coût du carburant. Le Jet A1 pèse encore jusqu’à 40 % des charges d’une compagnie africaine, contre 24 % pour la moyenne mondiale, plombé par des chaînes d’approvisionnement défaillantes et des monopoles de stockage aéroportuaires qui maintiennent artificiellement les prix à des niveaux prohibitifs.

Au-delà de cette arithmétique des coûts, le véritable pari de 2026 est celui du volume contre la marge, un jeu dangereux pour des économies fragiles. La théorie veut qu’une baisse des prix stimule mécaniquement la demande, captant cette classe moyenne émergente habituée aux longs trajets en bus. Mais cette démocratisation se heurte à un risque systémique que peu osent évoquer : la solvabilité immédiate de nos aéroports. En amputant les sociétés de gestion aéroportuaire de leurs recettes garanties, on menace directement leur capacité à maintenir les pistes et à respecter les normes OACI. L’explosion du trafic est freinée par un pouvoir d’achat qui reste faible malgré la baisse qui financera la sécurité et la modernisation des hubs de Dakar, d’Abidjan ou de Lomé. Le danger est réel de voir réapparaître, sous des appellations cosmétiques de « modernisation », les taxes que l’on vient de chasser par la porte, annulant ainsi tous les bénéfices de la réforme.

Mais si l’argent est le nerf de la guerre, la géographie en est le champ de bataille, et c’est ici que mes observations purement financières touchent ses limites face à la réalité politique. On ne peut penser le ciel ouest-africain en faisant l’impasse sur le schisme avec l’Alliance des États du Sahel. Le transport aérien est, par essence, une industrie de réseau qui ne connaît pas les frontières, or le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la CEDEAO dessine potentiellement une « No-Fly Zone » administrative au cœur même de nos routes aériennes. Si les accords de Yamoussoukro sur la libéralisation du ciel sont dénoncés par les pays de l’AES, les conséquences opérationnelles seront désastreuses. Contourner l’immense espace aérien sahélo-saharien pour relier les capitales côtières engendrerait des surcoûts de carburant et de temps de vol qui neutralisent instantanément les gains obtenus par la baisse des taxes. Cette fragmentation du ciel risque d’isoler des capitales enclavées comme Bamako ou Niamey, dépendantes du fret aérien, sacrifiant la rationalité logistique sur l’autel de la souveraineté politique.

Enfin, dans ce ciel turbulent, une dernière menace plane, celle d’une libéralisation naïve qui livrerait nos marchés aux géants extérieurs. Ouvrir la concurrence pour faire baisser les prix est louable, mais le faire sans avoir consolidé nos champions régionaux revient à offrir nos passagers sur un plateau à Ethiopian Airlines, Turkish Airlines ou les majors du Golfe. Ces acteurs disposent d’économies d’échelle et d’une puissance de flotte que nos pavillons nationaux, souvent morcelés et sous-capitalisés, ne peuvent égaler. La persistance du « syndrome de la fierté nationale », qui pousse chaque État à vouloir sa propre compagnie au lieu de mutualiser les forces, est une hérésie économique suicidaire.

Le succès de cette réforme ne se mesurera pas seulement au prix du billet, mais à notre capacité à bâtir des consortiums robustes et à sanctuariser l’aviation civile hors des querelles diplomatiques. Sans cela, le ciel de 2026 sera peut-être moins cher, mais il ne sera plus le nôtre.

Alioune NDIAYE

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Politique d’orientation budgétaire : l’Etat mise sur l’assainissement et la priorisation

Politique d’orientation budgétaire : l’Etat mise sur l’assainissement et la priorisation

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Dakar, 22 jan (APS) – Le budget de l’Etat pour l’exercice 2026 s’inscrit dans la continuité d’une dynamique de redressement et de transformation, avec comme objectif l’assainissement des finances publiques et la priorisation des ressources, a déclaré, jeudi, à Dakar, Bassirou Sarr, directeur de cabinet du ministre des Finances et du Budget.

“Le budget 2026 s’inscrit dans la continuité de cette dynamique de redressement et de transformation. Il traduit une orientation politique claire : assainir durablement les finances publiques et affecter les ressources disponibles aux politiques prioritaires”, a-t-il dit.

M. Sarr, présidant la cérémonie officielle d’ouverture d’un atelier destiné au lancement de la gestion budgétaire 2026, a rappelé que le gouvernement a engagé, en 2025, une trajectoire fondée sur la “discipline budgétaire, la maîtrise des engagements, la prudence dans le financement et la priorité accordée aux politiques essentielles”.

Politique d'orientation budgétaire : l'Etat mise sur l'assainissement et la priorisation

Selon lui, la loi de finances 2026 repose sur plusieurs “exigences structurantes”, dont la maîtrise de la dépense publique, l’encadrement de l’endettement pour préserver la soutenabilité financière et le financement des priorités nationales définies par le nouveau référentiel des politiques publiques.

Bassirou Sarr a également cité comme exigence la nécessité d’améliorer la sincérité, la traçabilité et la qualité de la dépense et de poursuivre l’apurement des arriérés pour renforcer la confiance des acteurs économiques.

L’atelier destiné au lancement de la gestion budgétaire, organisée tous les ans en début d’exercice, réunit l’ensemble des acteurs intervenant dans la chaîne de gestion des dépenses publiques.

“Cet exercice annuel constitue un moment privilégié d’alignement, mais également d’évaluation. Il nous offre l’opportunité de porter à la fois un regard lucide sur l’exécution de l’exercice précédent, d’en tirer les enseignements nécessaires et de poser, collectivement, les bases d’une exécution budgétaire conforme aux orientations définies par les plus hautes autorités pour l’année en cours”, a expliqué M. Sarr.

Il a rappelé que l’exercice budgétaire 2025 s’était déroulé dans un environnement marqué par “des contraintes fortes et des incertitudes persistantes”.

“Ces conditions ont mis en évidence des ajustements parfois difficiles mais nécessaires, ainsi qu’une exigence accrue de rigueur dans les choix financiers”, a affirmé le directeur de cabinet du ministre des Finances et du Budget.

Politique d'orientation budgétaire : l'Etat mise sur l'assainissement et la priorisation

Massamba Dieng, directeur général du Budget, a quant à lui souligné la nécessité de “tirer les enseignements” des contraintes et difficultés rencontrées au courant de la gestion de 2025.

“Les limites, c’est surtout en termes de célérité, il faut qu’on accélère un peu le processus de mobilisation et d’exécution de ces dépenses. Et aujourd’hui, nous avons essayé de prendre les mesures nécessaires en termes de traitement des délais au niveau de la Direction du contrôle budgétaire, de telle sorte que les dossiers qui arrivent soient traités dans les meilleurs délais”, a renseigné M. Dieng.

Il faut toutefois que “les dossiers soient de très bonne qualité” et ne “souffrent d’aucune irrégularité”, au risque d’entraîner “des lenteurs” dans l’exécution des dépenses.

“L’autre innovation de taille que nous avons introduite dans la Loi de finances initiale 2026, c’est le reclassement des dépenses de fonctionnement, notamment les acquisitions de biens et services, les transferts courants en acquisitions de biens et services, et le reclassement des transferts en capital en investissements exécutés par l’État”, a signalé Massamba Dieng.

MFD/HB/BK

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Bassirou Diomaye Faye réitère son engagement pour une justice moderne et performante

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Le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a réitéré jeudi son engagement ”ferme” de mettre en place une justice moderne et performante, une perspective qui, dit-il, passe nécessairement par l’appropriation des outils numériques.

“Je réitère mon engagement ferme de mettre en place une justice moderne et performante qui passe nécessairement par l’appropriation de tous les outils du numérique, non seulement par le juge, mais également par tous les acteurs de la justice”, a-t-il déclaré.

Le chef de l’Etat présidait la cérémonie de la rentrée solennelle des cours et tribunaux portant sur le thème “Le juge face au défi du numérique”.

Bassirou Diomaye Faye a insisté sur l’ambition de l’État de garantir “une justice numérique souveraine, sécurisée et inclusive, dans laquelle l’innovation technologique constitue un levier d’amélioration de l’accessibilité, de l’équité et de l’efficacité de système judiciaire”.

Il considère que le numérique est un outil capable de “juguler durablement” les défis auxquels les juges se trouvent confrontés, en termes de maîtrise du temps, pour rendre leur décision dans des délais raisonnables.

A l’en croire, tous les États, institutions ainsi que leurs administrations qui refusent de s’adapter au numérique “seront laissés inéluctablement en rade et risquent par conséquent d’être rapidement submergés et dépassés”.

“L’ambition de l’État est de garantir une justice numérique souveraine, sécurisée et inclusive, dans laquelle l’innovation technologique constitue un levier d’amélioration de l’accessibilité, de l’équité et de l’efficacité de système judiciaire”, a-t-il insisté.

Le président Faye a assuré que le numérique et l’intelligence artificielle, loin de pouvoir “porter atteinte à l’indépendance et à l’impartialité de la justice”, “doivent au contraire en être les garants et les producteurs”.

“Le numérique représente donc à la fois un défi majeur et une opportunité historique pour le juge”, a relevé le chef de l’Etat, selon lequel le ministère de la Justice s’inscrit dans “une dynamique de modernisation maîtrisée, plaçant le juge au cœur de la transformation, tout en préservant l’essence, la noblesse et l’autorité de la fonction juridictionnelle”.

Il a concédé que l’usage du numérique par le juge va impliquer “certainement une réforme de plusieurs de nos textes”, avant d’arriver à des innovations telles que “l’assignation par voie électronique, la signature électronique, les citations par voie électronique, la dématérialisation intégrale de certaines procédures pour la consultation et la délivrance de certains actes juridictionnels”.

Les interrogatoires et les confrontations à distance et le tribunal virtuel font aussi partie de ces réformes envisagées, a signalé Bassirou Diomaye Faye, avant de souligner “l’urgence d’accélérer la mise en œuvre du schéma directeur de l’usage du numérique dans la justice pour bien prendre en compte tous les facteurs à travers une connectivité sécurisée et continue, avec des machines adaptées et sécurisées”.

M. Faye a préconisé, dans le même esprit, l’adaptation des curricula de formation, la révision des référentiels éthiques et déontologiques, le renforcement de la culture de la sécurité numérique et l’appropriation des outils technologiques.

Il s’agit, en définitive, de “bâtir une justice moderne, robuste et proactive, capable de contenir, d’anticiper et de juguler les risques inhérents aux technologies de l’information et de la communication”, a conclu le chef de l’Etat.

CS/BK/OID

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Mohammed VI : ”La fraternité interafricaine reprendra naturellement”

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La fraternité interafricaine reprendra naturellement le dessus une fois retombée la passion née de la CAN, a affirmé le roi du Maroc Mohammed VI, assurant que ‘’rien ne saurait altérer la proximité cultivée au fil des siècles entre nos peuples africains’’ et que son pays ‘’est et restera un grand pays africain’’.

‘’Aussi, et même si cette grande fête footballistique continentale accueillie par le Royaume semble avoir été tristement entachée par l’épisode malheureux des dernières minutes du match de la finale ayant opposé les sélections nationales du Maroc et du Sénégal au cours desquelles de fâcheux incidents et de très déplorables agissements se sont produits, il n’en demeure pas moins qu’une fois la passion retombée, la fraternité interafricaine reprendra naturellement le dessus, car cette réussite marocaine est aussi une réussite africaine’’, a-t-il déclaré dans un communiqué.

Dans ce texte repris, jeudi, par la Magheb Arabe Presse (MAP), l’agence de presse marocaine, le souverain cherifien a insisté sur le fait que ”rien ne saurait altérer la proximité cultivée au fil des siècles entre nos peuples africains, ni la coopération fructueuse construite avec les différents pays du Continent et renforcée par des partenariats toujours plus ambitieux’’.

‘’Le Royaume du Maroc est et restera un grand pays africain, fidèle à l’esprit de fraternité, de solidarité et de respect qu’il a toujours cultivé à l’égard de son Continent. Conformément à la Vision éclairée du Souverain, le Maroc poursuivra son engagement déterminé et constant en faveur d’une Afrique unie et prospère, notamment par le partage mutuel de ses expériences, de son expertise et de son savoir-faire”, a insisté Mouhamed VI.

Il s’est également réjoui que ‘’le Maroc reste fier d’avoir offert, sur sa terre, un mois de joie populaire et d’émotion sportive, et d’avoir contribué au rayonnement de l’Afrique et de son football’’, ajoutant que ”le peuple marocain sait faire la part des choses et qu’il ne se laissera pas entrainer dans la rancœur et la discorde”.

Mouhamed VI a également tenu à ‘’particulièrement féliciter tous les citoyens, à travers les différentes villes du Royaume, de l’effort fourni et à remercier chacun pour sa belle contribution à ce succès historique, reconnu et salué de par le monde’’.

En cela, le souverain marocain adresse ses ”compliments aux millions de Marocains, femmes, hommes et enfants qui n’ont cessé de soutenir, chacun à sa manière et toujours de façon exemplaire, leur équipe nationale, aujourd’hui classée 8ème meilleure sélection mondiale’’.

Il s’agit, selon lui, d’‘’un résultat remarquable fruit notamment d’une politique sportive et infrastructurelle volontariste et de haut niveau, ainsi que du choix patriotique fait par les enfants talentueux des Marocains du monde de porter le maillot de (leur) équipe nationale et de défendre ses couleurs avec fierté et brio’’.

 ‘’Cette édition de la compétition continentale fera date, car au-delà de ses excellents résultats sportifs, elle aura permis de mesurer le bond qualitatif que le royaume a réalisé sur la voie du développement et du progrès, fruit d’une vision de long terme et d’un modèle marocain singulier et performant qui place le citoyen au centre de toutes les ambitions’’, a encore souligné Mouhamed VI.

Mercredi, le Premier ministre du Sénégal, Ousmane Sonko, et son homologue marocain, Aziz Akhannouch, ont appelé leurs ressortissants respectifs au calme et à l’apaisement, suite aux incidents controversés survenus lors de la finale de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2025.

“Nous avons convenu, ensemble, sous les hautes instructions de Sa Majesté le roi Mohammed VI et de son Excellence, le Président Bassirou Diomaye Diakhar Faye, de continuer à œuvrer, dans un esprit d’apaisement, de sérénité et de détente, à la consolidation des liens séculaires et très profonds qui unissent nos deux pays”, a notamment déclaré le chef du gouvernement sénégalais dans un message publié sur Facebook.

Les Lions du Sénégal ont remporté la CAN 2025, dimanche 18 janvier, à Rabat, après avoir battu (1-0) en finale, les Lions de l’Atlas du Maroc, au bout d’un match ponctué par des épisodes de grande tension sur le terrain et des incidents entre stadiers marocains et supporters sénégalais dans les gradins.

Les joueurs sénégalais, sous les ordres de leur sélectionneur Pape Thiaw, avaient majoritairement quitté la pelouse pour protester contre la décision de l’arbitre d’accorder un penalty au Maroc, après que celui-ci a refusé deux minutes avant un but sénégalais sur une faute jugée discutable.

L’équipe sénégalaise s’est finalement décidée à reprendre la partie. L’attaquant des Lions de l’Atlas Brahim Diaz a manqué son penalty, Pape Guèye marquant un peu plus tard le but du sacre sénégalais.

Entre déception et frustration, le scénario de cette finale a suscité des échanges tendus entre supporters marocains et sénégalais, notamment sur les réseaux sociaux.

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