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Diplomatie

Sénégal-Russie : un pas parlementaire vers une souveraineté renforcée, ou un virage géopolitique risqué ?

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Dans un monde où les alliances se redessinent à la vitesse des sanctions internationales, une rencontre discrète à Dakar pourrait bien signaler un pivot stratégique pour l’Afrique de l’Ouest. Le 19 septembre 2025, El Malick Ndiaye, président de l’Assemblée nationale sénégalaise, a accueilli Dmitry Kourakov, ambassadeur russe, dans un échange qui dépasse les formalités protocolaires pour toucher aux veines mêmes de l’économie nationale.

## Les échanges décryptés : coopération parlementaire et ambitions sectorielles

Au cœur de cette audience, un objectif clair émerge : forger un groupe d’amitié interparlementaire Sénégal-Russie, une plateforme pour fluidifier les échanges législatifs et aligner les agendas bilatéraux. Ndiaye, figure montante du Pastef et plus jeune président de l’Assemblée depuis sa nomination en décembre 2024, a mis l’accent sur des secteurs vitaux : agriculture pour sécuriser l’approvisionnement, et énergie – gaz et pétrole – pour accélérer l’autonomie énergétique. Ces priorités résonnent avec la feuille de route du président Bassirou Diomaye Faye, élue en 2024 sur un programme souverainiste qui vise à rompre avec une dépendance historique aux bailleurs occidentaux. Des communiqués officiels soulignent des relations bilatérales « excellentes », avec des échanges commerciaux en hausse de 15 % en 2024, portés par des exportations sénégalaises de produits agricoles vers Moscou.

## Contexte et regard critique : entre opportunités et ombres géopolitiques

Cette rencontre s’inscrit dans un contexte plus large de diversification des partenariats sénégalais, alors que l’Afrique du Sud et le Mali tissent des liens renforcés avec la Russie depuis 2022. Historiquement, les relations Dakar-Moscou remontent à l’ère soviétique, avec des aides techniques dans l’agriculture et l’industrie, mais elles ont stagné sous l’influence française et américaine. Aujourd’hui, face à une volatilité des prix mondiaux de l’énergie et à des crises alimentaires post-pandémie, le Sénégal cherche des alliés alternatifs pour son plan d’industrialisation. Pourtant, une analyse critique s’impose : les investissements russes, souvent opaques, posent des questions sur la transparence et les conditions d’exploitation. En 2023, des accords énergétiques avec Gazprom au Sénégal ont été salués pour leur potentiel, mais critiqués pour leur manque de clauses environnementales strictes, risquant de perpétuer une extraction à court terme au détriment du développement durable prôné par Faye. Cette coopération parlementaire, si elle aboutit à un groupe d’amitié, pourrait légitimer ces flux, mais au prix d’une exposition accrue aux tensions Est-Ouest.

### Les priorités alignées : souveraineté ou dépendance déguisée ?

Au-delà des discours, les appels de Ndiaye à intensifier les partenariats traduisent une urgence : le Sénégal, avec ses réserves offshore de gaz estimées à 15 billions de pieds cubes, vise l’autosuffisance d’ici 2030. La Russie, experte en exploration pétrolière, offre un savoir-faire que l’Occident, sous pression de sanctions, hésite à partager. Mais ce choix stratégique interroge : dans un continent où les prêts russes ont déjà piégé des pays comme le Zimbabwe, le Sénégal évite-t-il le piège d’une nouvelle forme de vassalité, masquée sous le vernis de la « souveraineté » ?

## Mon interprétation : un équilibre délicat à négocier

En scrutant ces échanges, je ne peux m’empêcher de voir un fil rouge dans la diplomatie de Faye : une quête d’indépendance qui flirte avec des alliances controversées. Ndiaye, en tant que porte-voix du législatif, porte une responsabilité immense – non seulement pour valider des lois favorables, mais pour veiller à ce que ces partenariats servent le peuple, pas des élites. À mon sens, ce groupe d’amitié parlementaire est une opportunité si encadré par des audits indépendants et des transferts de technologie ; sinon, il risque de transformer la « souveraineté alimentaire » en slogan, tandis que les ressources fuient vers l’étranger. Le Sénégal, avec sa tradition non-alignée, doit poser des garde-fous clairs : la coopération oui, mais aux conditions dakarois.

## Échelles comparées : le Sénégal dans la toile des relations Afrique-Russie

Ce rapprochement n’est pas isolé. Au Mali et au Burkina Faso, des juntes militaires ont accueilli des instructeurs russes pour contrer l’instabilité sahélienne, boostant les échanges commerciaux de 40 % en 2024. Plus au sud, l’Afrique du Sud signe des accords nucléaires avec Rosatom, malgré les critiques pour leur impact écologique. Globalement, la Russie, via son offensive en Ukraine, a perdu des marchés européens, se tournant vers l’Afrique pour des minerais critiques et des voix à l’ONU – comme le vote sénégalais récent pour une résolution équilibrée sur le conflit. Comparé à des nations comme le Nigeria, qui diversifie avec la Chine sans rompre avec l’Occident, le Sénégal pourrait inspirer un modèle hybride : partenariats multipolaires sans exclusive. Mais dans cette danse, tout faux pas pourrait alerter les partenaires traditionnels, comme la France, qui voit d’un mauvais œil ces incursions estiennes en Afrique francophone.

Ces discussions à l’Assemblée ne sont pas qu’une poignée de main : elles esquissent un Sénégal qui refuse les chaînes d’hier pour mieux tracer celles de demain. À Dakar, on l’espère libératrices ; l’Histoire, elle, attend les actes pour trancher.

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Bassirou Diomaye Faye réitère son engagement pour une justice moderne et performante

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Le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a réitéré jeudi son engagement ”ferme” de mettre en place une justice moderne et performante, une perspective qui, dit-il, passe nécessairement par l’appropriation des outils numériques.

“Je réitère mon engagement ferme de mettre en place une justice moderne et performante qui passe nécessairement par l’appropriation de tous les outils du numérique, non seulement par le juge, mais également par tous les acteurs de la justice”, a-t-il déclaré.

Le chef de l’Etat présidait la cérémonie de la rentrée solennelle des cours et tribunaux portant sur le thème “Le juge face au défi du numérique”.

Bassirou Diomaye Faye a insisté sur l’ambition de l’État de garantir “une justice numérique souveraine, sécurisée et inclusive, dans laquelle l’innovation technologique constitue un levier d’amélioration de l’accessibilité, de l’équité et de l’efficacité de système judiciaire”.

Il considère que le numérique est un outil capable de “juguler durablement” les défis auxquels les juges se trouvent confrontés, en termes de maîtrise du temps, pour rendre leur décision dans des délais raisonnables.

A l’en croire, tous les États, institutions ainsi que leurs administrations qui refusent de s’adapter au numérique “seront laissés inéluctablement en rade et risquent par conséquent d’être rapidement submergés et dépassés”.

“L’ambition de l’État est de garantir une justice numérique souveraine, sécurisée et inclusive, dans laquelle l’innovation technologique constitue un levier d’amélioration de l’accessibilité, de l’équité et de l’efficacité de système judiciaire”, a-t-il insisté.

Le président Faye a assuré que le numérique et l’intelligence artificielle, loin de pouvoir “porter atteinte à l’indépendance et à l’impartialité de la justice”, “doivent au contraire en être les garants et les producteurs”.

“Le numérique représente donc à la fois un défi majeur et une opportunité historique pour le juge”, a relevé le chef de l’Etat, selon lequel le ministère de la Justice s’inscrit dans “une dynamique de modernisation maîtrisée, plaçant le juge au cœur de la transformation, tout en préservant l’essence, la noblesse et l’autorité de la fonction juridictionnelle”.

Il a concédé que l’usage du numérique par le juge va impliquer “certainement une réforme de plusieurs de nos textes”, avant d’arriver à des innovations telles que “l’assignation par voie électronique, la signature électronique, les citations par voie électronique, la dématérialisation intégrale de certaines procédures pour la consultation et la délivrance de certains actes juridictionnels”.

Les interrogatoires et les confrontations à distance et le tribunal virtuel font aussi partie de ces réformes envisagées, a signalé Bassirou Diomaye Faye, avant de souligner “l’urgence d’accélérer la mise en œuvre du schéma directeur de l’usage du numérique dans la justice pour bien prendre en compte tous les facteurs à travers une connectivité sécurisée et continue, avec des machines adaptées et sécurisées”.

M. Faye a préconisé, dans le même esprit, l’adaptation des curricula de formation, la révision des référentiels éthiques et déontologiques, le renforcement de la culture de la sécurité numérique et l’appropriation des outils technologiques.

Il s’agit, en définitive, de “bâtir une justice moderne, robuste et proactive, capable de contenir, d’anticiper et de juguler les risques inhérents aux technologies de l’information et de la communication”, a conclu le chef de l’Etat.

CS/BK/OID

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Mohammed VI : ”La fraternité interafricaine reprendra naturellement”

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La fraternité interafricaine reprendra naturellement le dessus une fois retombée la passion née de la CAN, a affirmé le roi du Maroc Mohammed VI, assurant que ‘’rien ne saurait altérer la proximité cultivée au fil des siècles entre nos peuples africains’’ et que son pays ‘’est et restera un grand pays africain’’.

‘’Aussi, et même si cette grande fête footballistique continentale accueillie par le Royaume semble avoir été tristement entachée par l’épisode malheureux des dernières minutes du match de la finale ayant opposé les sélections nationales du Maroc et du Sénégal au cours desquelles de fâcheux incidents et de très déplorables agissements se sont produits, il n’en demeure pas moins qu’une fois la passion retombée, la fraternité interafricaine reprendra naturellement le dessus, car cette réussite marocaine est aussi une réussite africaine’’, a-t-il déclaré dans un communiqué.

Dans ce texte repris, jeudi, par la Magheb Arabe Presse (MAP), l’agence de presse marocaine, le souverain cherifien a insisté sur le fait que ”rien ne saurait altérer la proximité cultivée au fil des siècles entre nos peuples africains, ni la coopération fructueuse construite avec les différents pays du Continent et renforcée par des partenariats toujours plus ambitieux’’.

‘’Le Royaume du Maroc est et restera un grand pays africain, fidèle à l’esprit de fraternité, de solidarité et de respect qu’il a toujours cultivé à l’égard de son Continent. Conformément à la Vision éclairée du Souverain, le Maroc poursuivra son engagement déterminé et constant en faveur d’une Afrique unie et prospère, notamment par le partage mutuel de ses expériences, de son expertise et de son savoir-faire”, a insisté Mouhamed VI.

Il s’est également réjoui que ‘’le Maroc reste fier d’avoir offert, sur sa terre, un mois de joie populaire et d’émotion sportive, et d’avoir contribué au rayonnement de l’Afrique et de son football’’, ajoutant que ”le peuple marocain sait faire la part des choses et qu’il ne se laissera pas entrainer dans la rancœur et la discorde”.

Mouhamed VI a également tenu à ‘’particulièrement féliciter tous les citoyens, à travers les différentes villes du Royaume, de l’effort fourni et à remercier chacun pour sa belle contribution à ce succès historique, reconnu et salué de par le monde’’.

En cela, le souverain marocain adresse ses ”compliments aux millions de Marocains, femmes, hommes et enfants qui n’ont cessé de soutenir, chacun à sa manière et toujours de façon exemplaire, leur équipe nationale, aujourd’hui classée 8ème meilleure sélection mondiale’’.

Il s’agit, selon lui, d’‘’un résultat remarquable fruit notamment d’une politique sportive et infrastructurelle volontariste et de haut niveau, ainsi que du choix patriotique fait par les enfants talentueux des Marocains du monde de porter le maillot de (leur) équipe nationale et de défendre ses couleurs avec fierté et brio’’.

 ‘’Cette édition de la compétition continentale fera date, car au-delà de ses excellents résultats sportifs, elle aura permis de mesurer le bond qualitatif que le royaume a réalisé sur la voie du développement et du progrès, fruit d’une vision de long terme et d’un modèle marocain singulier et performant qui place le citoyen au centre de toutes les ambitions’’, a encore souligné Mouhamed VI.

Mercredi, le Premier ministre du Sénégal, Ousmane Sonko, et son homologue marocain, Aziz Akhannouch, ont appelé leurs ressortissants respectifs au calme et à l’apaisement, suite aux incidents controversés survenus lors de la finale de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2025.

“Nous avons convenu, ensemble, sous les hautes instructions de Sa Majesté le roi Mohammed VI et de son Excellence, le Président Bassirou Diomaye Diakhar Faye, de continuer à œuvrer, dans un esprit d’apaisement, de sérénité et de détente, à la consolidation des liens séculaires et très profonds qui unissent nos deux pays”, a notamment déclaré le chef du gouvernement sénégalais dans un message publié sur Facebook.

Les Lions du Sénégal ont remporté la CAN 2025, dimanche 18 janvier, à Rabat, après avoir battu (1-0) en finale, les Lions de l’Atlas du Maroc, au bout d’un match ponctué par des épisodes de grande tension sur le terrain et des incidents entre stadiers marocains et supporters sénégalais dans les gradins.

Les joueurs sénégalais, sous les ordres de leur sélectionneur Pape Thiaw, avaient majoritairement quitté la pelouse pour protester contre la décision de l’arbitre d’accorder un penalty au Maroc, après que celui-ci a refusé deux minutes avant un but sénégalais sur une faute jugée discutable.

L’équipe sénégalaise s’est finalement décidée à reprendre la partie. L’attaquant des Lions de l’Atlas Brahim Diaz a manqué son penalty, Pape Guèye marquant un peu plus tard le but du sacre sénégalais.

Entre déception et frustration, le scénario de cette finale a suscité des échanges tendus entre supporters marocains et sénégalais, notamment sur les réseaux sociaux.

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FMI : le Président Bassirou Diomaye Faye reçoit la nouvelle cheffe de mission pour le Sénégal

FMI : le Président Bassirou Diomaye Faye reçoit la nouvelle cheffe de mission pour le Sénégal

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Le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a reçu ce mercredi 21 janvier 2026, au Palais de la République, la nouvelle cheffe de mission du Fonds monétaire international (FMI) pour le Sénégal, Mme Mercedes Vera Martin.

Au cours de cette audience, Mme Vera Martin a salué les progrès enregistrés dans les discussions en cours, en vue de la conclusion d’un nouveau programme de coopération entre le Sénégal et le FMI.

Cette rencontre témoigne de la volonté du Sénégal de renforcer ses relations avec ses partenaires internationaux et de poursuivre la stabilité et le développement économique du pays.

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