AERONAUTIQUE
L’Italie tourne le dos à Boeing : Airbus rafle 1,4 milliard d’euros et consolide sa domination sur le ciel européen

Après quinze ans de fidélité aux ravitailleurs Boeing, l’Italie vient d’opérer un virage stratégique majeur. Le contrat, signé le 16 avril 2026 entre le ministère de la Défense italien et Airbus Defence and Space, porte sur six appareils A330 MRTT pour un montant total de 1,393 milliard d’euros. Il inclut également un programme de support logistique intégré couvrant une décennie complète de maintenance, de pièces de rechange et d’accompagnement opérationnel.
Ce choix clôture un processus long et chaotique : en 2022, Rome avait initialement prévu d’acquérir six Boeing KC-46 Pegasus. En 2024, le programme fut brutalement suspendu, l’Armée de l’air italienne invoquant des « besoins modifiés et imprévus. » Des préoccupations relatives aux coûts et aux délais de livraison ont également été avancées. Une première procédure européenne relancée en juillet 2024 s’est soldée par un échec faute de propositions conformes aux exigences techniques. La seconde n’a abouti qu’à une seule candidature : celle d’Airbus.
Sur le plan capacitaire, l’A330 MRTT offre à l’Aeronautica Militare une puissance de projection nettement supérieure à celle du KC-767 qu’il remplace, avec des capacités accrues de ravitaillement en vol, de transport de troupes et d’évacuations médicales, tout en renforçant l’interopérabilité avec l’OTAN.
L’Italie rejoint ainsi un club européen déjà très fourni : France, Espagne, Royaume-Uni, Allemagne, Pays-Bas, Belgique, Danemark et Suède opèrent tous des A330 MRTT. La plateforme totalise aujourd’hui 91 commandes issues de 19 pays, représentant 90 % du marché mondial hors États-Unis.
Pour faire face à cette demande croissante, Airbus ouvrira d’ici fin 2027 un nouveau centre de conversion à Séville, en Espagne, afin de porter sa capacité annuelle de transformation d’appareils civils en ravitailleurs militaires de cinq à sept unités. Ce site viendra compléter l’installation existante de Getafe, près de Madrid, et accueillera également des activités de maintenance, réparation, révision et modernisation des appareils déjà en service.
La leçon est simple : dans le secteur de la défense aérienne européenne, la souveraineté industrielle pèse désormais autant que le prix unitaire. Boeing perd Rome. Airbus gagne l’Europe.