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Sénégal-Italie : L’heure du « Grand ajustement » social au sommet d’Addis-Abeba

Alors que les délégations diplomatiques convergent vers Addis-Abeba pour le Sommet Italie-Afrique prévu ce 13 février 2026, l’atmosphère est à la redéfinition des priorités. Ce rendez-vous, pilier opérationnel du Plan Mattei, ne se limite plus à une simple concertation sur l’énergie ou la sécurité.

Pour la communauté sénégalaise établie en Italie, forte de plus de 110 000 résidents réguliers selon les derniers recensements de l’Istat. L’enjeu se cristallise autour d’une zone d’ombre administrative qui pèse sur des décennies de labeur : la coordination des systèmes de sécurité sociale. Si l’intégration des sénégalais dans le tissu productif italien, notamment dans les PME du Nord, est saluée par tous les observateurs comme un modèle de dynamisme, le cadre juridique encadrant la fin de carrière et le rapatriement des droits demeure, lui, dans un état d’obsolescence paradoxale.

L’investigation sur les mécanismes de prévoyance révèle un point de friction majeur que les nouvelles autorités à Dakar, engagées dans le référentiel « Sénégal 2050 », ne peuvent plus ignorer. Contrairement à une idée reçue, les cotisations versées par les travailleurs sénégalais à l’INPS (l’institut de prévoyance italien) ne s’évaporent pas lors d’un retour au pays ; elles restent « cristallisées » dans le système italien. Cependant, en l’absence d’une convention bilatérale de sécurité sociale entre Rome et Dakar, ces travailleurs ne peuvent bénéficier de la « totalisation » de leurs périodes d’assurance. En clair, un Sénégalais ayant cotisé plusieurs années en Italie se retrouve contraint de liquider des pensions fragmentées, souvent dérisoires, ou de patienter jusqu’à l’âge légal italien, loin de ses bases, sans mécanisme de transfert fluide vers les institutions sénégalaises comme l’IPRES.

Cette situation engendre un immobilisme économique lourd de conséquences pour les deux nations. Pour l’Italie, l’absence de portabilité freine la mobilité circulaire et maintient une population vieillissante dans un système de soins déjà sous pression. Pour le Sénégal, cela représente un manque à gagner colossal en termes de capital financier qui pourrait être réinjecté dans l’économie nationale. Les investigations juridiques pointent pourtant des leviers existants : l’Article 18 de la Loi 189/2002 en Italie permet explicitement la mise en œuvre d’accords de réciprocité. De plus, la Convention n°118 de l’Organisation Internationale du Travail (OIT), ratifiée par les deux États, pose le principe de l’égalité de traitement. L’absence d’un accord formel de coordination apparaît donc moins comme un obstacle technique que comme un retard de synchronisation diplomatique entre les deux chancelleries.

La rencontre d’Addis-Abeba, qui se tient sous l’égide de l’Union Africaine et en présence de la Présidence du Conseil italien, offre la tribune idéale pour engager ce dialogue technique. Alors que le Sénégal déploie sa nouvelle stratégie de transformation structurelle, la sécurisation du parcours social de sa diaspora devient un impératif de souveraineté. Il ne s’agit plus de revendiquer des aides, mais de régulariser un patrimoine social légitimement acquis par des milliers de contribuables. Les institutions des deux pays sont désormais face à un miroir : d’un côté, une Italie qui cherche à stabiliser ses relations avec ses partenaires historiques via des investissements structurants ; de l’autre, un Sénégal qui place la protection de ses ressortissants au cœur de sa diplomatie économique.

L’aboutissement d’une telle convention transformerait radicalement la perception de la migration entre les deux pays. En garantissant que chaque euro cotisé à Brescia ou à Bergame puisse être valorisé à Kaolack ou à Saint-Louis, les deux États poseraient les jalons d’une coopération réellement symétrique. Les autorités compétentes, des deux côtés de la Méditerranée, disposent désormais des données et des cadres légaux pour transformer ce dossier en un succès diplomatique majeur.

Le sommet éthiopien sera le révélateur de cette volonté politique de passer d’une gestion de crise migratoire à une véritable ingénierie de la protection sociale transnationale.

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